Faites que ça rentre !

Publié le par Fille Ainée

Ces jours derniers, je me suis rendue dans une grande enseigne qui se dit Mondialistique spécialisée dans la vente de tissus et de mercerie avec une mission simple. Enfin, en théorie. Il me fallait deux choses : le tissu pour le dos du patch de Petit Nain - A Day in Happy Land - et du molleton. Deux articles. Une liste courte. Une affaire de vingt minutes, ai-je naïvement pensé.

Petit Nain avait des exigences très précises : du bleu pâle ou du rose encore plus pâle. Malgré ces critères très pointus, j'ai décidé de faire confiance aux Dieux du Textile et c'est donc pleine d'optimisme que j'ai poussé la porte du magasin.

La quête du tissu lui-même s'est révélée étonnamment facile. Certes, il n'y avait pas beaucoup de choix, mais, fidèle à moi-même, j'ai réussi l'exploit de sélectionner le seul tissu de tout le rayon qui n'était pas soldé. C'est un talent. Certains ont l'oreille absolue ; moi, je repère instantanément l'article au prix fort.

Tout a basculé au rayon molleton.

Je m'adresse à la vendeuse – la même qui venait de couper mon métrage – et lui demande de me montrer les différentes options de molleton.

Elle me regarde, perplexe.

— Du molleton ou de la ouate ?

De la ouate ? Jamais entendu ce terme dans ce contexte. Toutes mes expériences en terme de matelassage s'étant déroulées exclusivement dans la langue de Shakespeare, je me demande soudain si je ne viens pas de commettre une faute de vocabulaire majeure.

Je précise donc :

— C'est pour matelasser un quilt.

Erreur fatale.

Ma prononciation britonnique la laisse totalement pantoise. J'aurais probablement dû dire « kilt ». Mais là, elle m'aurait peut-être montré des tissus écossais !

Je renonce donc au vocabulaire technique et tente une explication, sans pour autant lui raconter l’intégralité de ma vie.

La vendeuse m'emmène finalement devant ce qu'elle appelle de la ouate, et là, surprise : l'étiquette indique noir sur blanc " MOLLETON ".

J'aurais pu le lui faire remarquer, mais il faisait une chaleur abominable dans le magasin et elle venait de m'expliquer que la climatisation était en panne. Dans ces conditions, je n'ai pas osé. Quand on souffre ensemble dans des cas extrêmes, certaines vérités deviennent secondaires.

Nous étions donc là, toutes les deux, ruisselantes, dégoulinantes, transpirantes. La sueur me coulait dans le dos et, honnêtement, si nous avions été au rayon tissu éponge, j'aurais été fortement tentée de m'y rouler dedans..

Je sélectionne donc la " ouate " qui me paraît convenir — le choix se limitant à deux références, toutes les deux synthétiques et la réflexion n'a pas été interminable — lorsque je remarque soudain un détail capital : la largeur du rouleau n'est que de 150 cm.

C’est la cata.

Mon quilt mesure un peu plus de 150 cm. À moins qu'un rouleau de deux mètres de large ne soit secrètement dissimulé dans l'arrière-boutique, ça va coincer.

J'expose donc mon problème à la vendeuse qui me répond avec le plus grand sérieux :

— Il faut adapter la taille de votre ouvrage à celle de la ouate.

Ah.

Mais bien sûr.

Pourquoi n'y avais-je pas pensé ?

Je n’ai qu'à le rétrécir.

Après tout, ce n'est pas comme si ledit patch était quasiment terminé.

Je fais comment exactement ? Un patch en kit ? " Petit Nain : certains blocs sont livrés séparément à toi d’assembler les morceaux, notice fournie " !

Sentant poindre un léger malaise, et sachant pertinemment qu'une recherche internet de trois minutes me permettrait de trouver ce qu'il me faut, j'ai préféré me taire. Après tout, cette pauvre femme aurait probablement préféré être assise dans l'arrière-boutique, collée au ventilateur.

C'est alors qu'elle assène le coup de grâce :

— De toute façon, vous ne trouverez jamais de largeur plus grande. Ça n'existe pas.

Pardon ?

Cela fait plus de vingt ans que je réalise des quilts de grandes tailles et, jusqu'à présent, je n'ai jamais rencontré la moindre difficulté pour trouver de quoi les matelasser.

Serais-je dans une autre dimension ? Dites-moi que je suis dans un canular et que dans 2 secondes, elle va se mettre à rire en disant " je t'ai bien eu Fille Aînée ! ". Et bien non !

Que se passe-t-il dans cette grande enseigne Mondialistique ? Sommes-nous face à une pénurie nationale de molleton, comme lors de la grande disparition de la moutarde des supermarchés il y a quelques années ?

Je suis restée là, muette, éberluée, me demandant soudain quels étaient exactement les critères de recrutement dans cette chaîne de magasins. Manifestement, savoir coudre ne figure pas en tête de liste.

En conclusion, ne croyez pas tout ce qu’on vous dit. Une fois rentrée à la maison, il m’a suffit d’un clic pour trouver chaussure à mon quilt !

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Publié dans Patchwork

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V
pas étonnée du tout de ce post ! ce sont des vendeuses pas des couturières !elles n y connaissent rien du tout et très souvent coupent très très mal les tissus !
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M
c'est certain que cette vendeuse n'y connait rien ! bon elle a un emploi ! merci pour ton récit qui pourrait faire rire car on ne va pas pleurer ! bise
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