Me voici revenue depuis peu dans le monde virtuel. Il m’a fallu plus d'un mois pour être de nouveau connectée. Il paraît que c’est tout à fait normal. Pas raison de s’inquiéter. Sauf que, si comme moi, vous venez d’un pays du Tiers Monde qui en 2 jours top chrono vous remet une ligne internet en service après un déménagement, et qui en plus s’excuse de ne pas pouvoir venir plus tôt, on se demande qui des deux est tiers mondien !?!
Il y a eu de grands moments de solitude, des moments où je me suis demandée si je n’étais pas un peu Cruchotte ! Comme celui par exemple où le grand Dieu de la télécommunication, l’Agrume de service, m’assure que je peux parfaitement suivre l’évolution de ma commande de raccordement internet en ligne. Mais l’Agrume, comment je fais ? J’ai PAAAAAAS internet ! Et qui plus est, m’assure qu’on me préviendra de la mise en service de ma ligne… par internet. Là, je baisse les bras. L’Agrume a été touché par une épidémie de grand déraisonnement.
Mentionnons aussi ce magasin de meubles tout confort qui s’évertue à m’appeler sur mon portable alors que j’ai répété maintes et maintes fois que le signal ne passait pas à travers mes murs !! Et qui de ce fait m’oblige à courir dehors pour prendre un appel alors que le Mistral souffle à décorner les bœufs. Et qui va me la rembourser ma mise en plis ? Tout ça parce que le système ( !) n’a pas enregistré la date de livraison de ma commande et que maintenant je m’énerve comme un vampire devant une gousse d’ail. Il a bon dos le système ! Ne serait-ce pas plutôt la manchote qui a pris le rendez-vous qui aurait besoin d’un rappel à l’ordre ? Ne travaillerait-elle pas chez l’Agrume à mi-temps par hasard ?
On respire à fond. Bien à fond. On creuse profond, à l’intérieur de son moi-même, on va chercher loin pour retrouver des bribes de soi comme on était avant. Avant internet, avant les systèmes informatiques ! L’essentiel, rester zen, saine, Cruchotte, ma fille, reste forte. Les adversités de la vie ne te touchent pas, elles te glissent dessus comme du beurre sur une limande pas fraîche. Cruchotte, tu es mon héros !
Heureusement de très gentils voisins, témoins de mon désarroi quotidien, ont eu un geste généreux. C’est ainsi que régulièrement, je me suis plantée devant leur porte-fenêtre de salle à manger pour me raccorder au monde extérieur. On ne peut pas dire que j’ai manqué grand chose mais au moins je ne raterai plus rien si des fois le monde changeait radicalement sans me prévenir.
De cette expérience de vie, j’en tire une grande leçon. L’important, au bout du compte, est de lâcher prise. De se dire que ce n’est pas grave parce que 10 ans plus tôt, on s’était plutôt bien débrouillée, lors du premier déménagement, sans toute cette technologie. Il faut voir ce mois passé comme un long séjour chez les IA (Internet Anonymes). Une sorte de cure de désintoxication au cours de laquelle on n’avait pas toutes les cartes en main et il a fallu s’en remettre à des facteurs extérieurs. Faire confiance ! L’Agrume, je m’en remets à toi. Et du coup, quand, enfin, on lâche tout, on se sent serein. Et quand on découvre par hasard que l’Agrume vous a enfin raccordé, c’est sans empressement que l’on découvre cette petite box magique.
Par contre, de ce mois passé, une mention toute particulière revient à la catégorie des livreurs. Qu’ils soient du Suédois, du magasin tout confort ou encore des maisons de partout. Le livreur est une espèce qui n’a cessé de me surprendre.
Les premiers à faire les malins ont été ceux du Suédois. Ayant abandonné notre dernier canapé qui commençait à avoir les genoux qui lâchaient, nous avons investi dans un beau modèle avec méridienne. Moi c’était tout mon rêve cette méridienne. Une envie de me vautrer devant la cheminée, mais comme une Lady. J’avoue que la livraison dudit canapé m’a décontenancée.
D’abord, on vous donne un créneau horaire : entre 7h et 19h. C'est vaste !!! Je me suis donc levée tôt ce jour-là. Les livreurs ont débarqué quelques heures plus tard avec 2 énormes cartons pesant chacun plus de 40 kilos. Et dans mon monde à moi, celui du Tiers Monde mentionné ci-dessus, les livreurs, non seulement ouvrent les cartons mais installent le meuble en question et repartent ensuite avec les emballages.
Imaginez-vous donc l’air éberlué des livreurs quand, moi, Cruchotte, leur indique où placer mon canapé Suédois. Là, juste devant ma grande cheminée. « Mais Madame, nous ne faisons que livrer ! » Ah ? Mais comment veux-tu, livreur Suédois que moi, Cruchotte, avec tous mes petits bras assemble cette méridienne ? Tu m’as bien regardé ? Et tous ces cartons, qui va les remporter ? Je n’ai pas gagné la guerre mais j’ai quand même remporté une bataille car les livreurs ont accepté non seulement de déballer mais également de remporter les cartons. Cruchotte n’est donc pas si bête ! Un bel acte de pitié de la part de ces hommes forts.
Une fois partis, j’ai fait le tour de la bête et comme le Suédois pense à tout, c’est seule et en moins d’une heure que j’ai pu me vautrer. Ca n’a pas été le cas pour tout !!
Ensuite, il y a eu le livreur des maisons de partout. Celui qui s’est énervé comme un pou sur son portable et qui m’a laissé moult messages pour me dire que s’il ne trouvait pas la maison, il repartait. De toutes façons, je m’en fichais parce que j’avais bien dit que le signal ne passait pas et ce n’est qu’après son passage, une fois sortie dans la cour que j’ai reçu 4 appels manqués et 3 messages haineux. Il faut, cependant, remarquer que l’Homme a fait preuve de détermination car il a fini par trouver notre humble chaumière. Ou serait-ce la crainte de se faire taper sur les doigts ? Mais je n’oublierai pas le « Mais Madame si vous ne me rappelez pas dans les 5 minutes, je repars ! ».
Pour finir, une petite mention pour le Directeur du magasin tout confort qui pour rattraper les performances désastreuses de son système informatique (Cruchotte n’est pas dupe) est devenu mon meilleur ami. J’aime quand on me dit « Madame, c’est moi le Directeur du magasin tout confort qui vous fait l’honneur de vous appeler, c’est MOI qui vais réorganiser pour VOUS l’emploi du temps de mes livreurs et satisfaire votre commande ». Un peu, oui !! C’est de ta faute, tu assumes.
Bref, une fois reconnectée au monde réel – c’est à dire 2 jours avant notre départ – j’ai éprouvé un certain besoin de relativiser. Au cas où, n’est-ce pas. Au cas où lorsque nous allons revenir cet été et que l’internet ne marche plus, je ne grimpe pas aux murs en retroussant les babines. C’est promis, Cruchotte tiendra le coup !
Ne m'en voulez donc pas si ces 6 dernières semaines je n'ai répondu à aucun de vos commentaires. Merci ! Merci !