Cette recette très prisée pendant la deuxième guerre mondiale (beurk) est devenue la pièce centrale d’un ouvrage de Mary Ann Shaffer « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » (T’as vu Lisbei, je l’ai enfin lu…et adoré !).
Si vous désirez littéralement coller à la recette du livre, il ne faut ajouter ni sel, ni ail, ni beurre, ni crème. Humm… ça laisse donc beaucoup d’épluchures à se mettre sous la dent. Si vous voulez essayer – je vous la laisse et vous me raconterez après – la recette se trouve ICI en anglais. Je n’ai pas trouvé de traduction française mais il faut vraiment être Briton pour essayer un truc aussi indigeste !
Pour en revenir au livre de Mary Ann Shafer – à lire en digérant votre tourte – je l’ai trouvé très divertissant. J’ai beaucoup aimé la façon de relater des événements passés par le moyen d’un échange de lettres. Il se déguste comme une part de tarte : une lecture à la fois fraîche, fruitée et savoureuse. C’est un roman épistolaire très british, frais, attendrissant, et profondément délicat.
Janvier 1946. Londres se relève douloureusement des drames de la Seconde Guerre mondiale et Juliet, jeune écrivaine anglaise, est à la recherche du sujet de son prochain roman. Comment pourrait-elle imaginer que la lettre d'un inconnu, un natif de l'île de Guernesey, va le lui fournir ? Au fil de ses échanges avec son nouveau correspondant, Juliet pénètre son monde et celui de ses amis ? Un monde insoupçonné, délicieusement excentrique. Celui d'un club de lecture créé pendant la guerre pour échapper aux foudres d'une patrouille allemande un soir où, bravant le couvre-feu, ses membres venaient de déguster un cochon grillé (et une tourte aux épluchures de patates...). Juliet est conquise. Peu à peu, elle élargit sa correspondance avec plusieurs membres du Cercle. Jusqu'au jour où elle comprend qu'elle tient avec le Cercle le sujet de son prochain roman et se rend à Guernesey. Ce qu'elle va trouver là-bas changera sa vie à jamais.
Ce livre m’a donné non seulement envie d’aller visiter Guernesey mais aussi de lire « Les Hauts de Hurlevents » que je n’ai jamais lu et je vais réparer cette grosse erreur très bientôt. J'ai aussi particulièrement apprécié l'humour avec lequel l'auteur évoque cette cruelle période de l'occupation, durant laquelle les habitants faisaient preuve d'ingéniosité pour survivre.
Atteinte d'un cancer, Mary Ann Shaffer a demandé à sa nièce, Annie Barrows, d'achever 'Le Cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates'. Mary Ann Shaffer est décédée peu de temps après avoir appris que son livre serait publié et traduit, en 2008.
Ben, il était pas beau notre roi de France ! Déjà, qu’il a pas eu de chance en montant à 10 ans sur le trône parce que c’était quand même un peu jeune pour assumer le pouvoir d’un pays dans lequel les guéguerres de religion faisaient rage, mais le pire, c’était sa mère ! Pas commode la Catherine de Médicis. Déjà qu’il était faible et dégénéré, mais en plus, elle l’aimait pas son fils ! Elle lui préférait son frère Henri. Et puis, il faut dire que cette femme avait un appétit monstre du pouvoir : dès qu’un de ses rejetons mourait, elle poussait le suivant sur le trône. Fût-elle restée à Florence cette garce diabolique, nul doute que la face de la France en aurait été changée !
C’est même elle qui force Charly à ordonner le Massacre de la Saint Barthélemy ! Et comme à l’époque, il n’avait que 22 ans et était loin de posséder la cruauté et la détermination de sa mère, mais surtout la force morale d’assumer un tel crime, le poids de sa faute a fini par le conduire à la folie puis la maladie et enfin à la mort.
C’est cette terrible descente aux enfers que raconte Jean Teulé dans son roman. Il décrit les extravagances d’un jeune homme naïf sans convictions, un roi méprisé sous influences, terrorisé par ses actes et qui n’était certes pas taillé pour le pouvoir, ses folies aussi saugrenues que sanglantes et enfin sa mort misérable.
La particularité de Jean Teulé est de se servir de l’Histoire pour nourrir le lecteur de petites histoires, d’anecdotes qui dressent un portrait effrayant de ceux qui ont mené le monde. Charly 9 est une farce lugubre, d’un humour caustique et au vocabulaire qui n’a pas froid aux yeux. Soit on adhère, soit on déteste.
Ayant déjà lu un autre de ses romans « Le Montespan », je connaissais le style unique d’écriture de Jean Teulé, mais j’avoue que j’ai parfois eu du mal à croire en la véracité des petits faits qu’il sème dans son roman pour divertir le lecteur. Je l’ai trouvé amusant, divertissant, mais je n’ai pas eu le même coup de coeur et j’ai même été jusqu'à me demander si l’auteur n’avait pas inventé certains « méfaits » du roi. Mais il semblerait bien que non, Charly 9 avait bien pété les plombs !
Et bien, il y avait moi, mais voilà que je viens de réparer cette grossière erreur. J’ai lu « Oscar et la dame rose » en quelques soirs et j’en suis restée toute attendrie.
Oscar, dix ans, vit ses derniers jours dans une unité de soins spécialisés où il est traité pour un cancer inopérable. Sur les conseils de Mamie Rose, il accepte d’écrire à un Dieu auquel il ne croit pas mais à qui il confie son quotidien , ses douleurs, ses petites joies. Douze lettres extrêmement émouvantes, pleines de rêves, de fraîcheur et de douleur, qui retracent tout le cycle de la vie. Une existence ramenée à l’échelle de douze jours.
Avec la lucidité d’un condamné, Oscar nous délivre un beau message d’espoir : il convient d’apprendre, avant tout, à oser vivre sa vie, puis à accepter sa mort.
Loin de sombrer dans le mélo, sans fioriture et tout en simplicité, Eric-Emmanuel Schmitt nous délivre un récit d’une grande délicatesse, débordant de spontanéité et d’émotion, d’humanité et de bonheur. Et l’écrivain parvient même à nous faire sourire avec cette histoire formidablement belle et attendrissante, mais aussi terriblement cruelle et poignante. Dans un style léger et vivant, au travers de ce récit extrêmement poétique, le petit Oscar nous donne une formidable leçon de vie.
"Depuis ma rencontre avec Vivi, je me sens plus fort et plus intelligent. J'ai moins honte de moi, de notre pauvreté. La honte, ça m'étouffe, ça me donne envie de vomir. Vivi m'a enlevé de la caboche les idées de mort qui me hantaient. Elle est joyeuse. Elle rit à toutes mes bêtises. Elle siffle comme un garçon. Elle m'embrasse et me dit qu'elle m'aime. C'est ma cigale."
Je connaissais Claude Couderc plus comme réalisateur de grandes enquêtes pour la télévision que comme écrivain, alors c’était avec un peu de curiosité que j’ai commencé son récit autobiographique « Le petit ». Mais dès la première page, je ne voulais plus le lâcher.
« Le petit » est le récit de son enfance dans un milieu pauvre dont il a honte, c’est également son premier amour pour Vivi qu’il appelle « ma cigale » et qui lui redonne envie de vivre et d’affronter le monde des grands.
J’ai trouvé son récit frais, innocent, et attachant. Le monde de l’enfance a souvent été la matière des reportages et documentaires de Claude Couderc, surtout le mal de l’enfance et de la violence. Cherche t-il à exorciser ses démons ? Si la réponse est affirmative, alors, c’est fait sans pesanteur, sans vulgarité même si quelques fois le vocabulaire employé est « couleur nature ».
Bien moi bien sûr et vous aussi sans doute ! J’ai toujours pensé que cette question était d’une évidence ! Cela fait rire mes Nains quand, tous les étés, je me colle devant la télé pour regarder ce programme. Il faut vraiment en être privée pendant l’année pour vouloir retarder son dîner à ce point-là !
Tout ça pour vous dire que je viens de finir « Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire » de Vikas Swarup autrement dit le livre à partir duquel a été produit « Slumdog Millionaire ».
Je ne sais pas ce que vous en pensez mais je trouve que les adaptations de livres au cinéma, c’est comme on vous demandait à l’école de lire un livre et qu’au lieu d’acheter la version imprimée, vous optiez pour la version audio parce que vous avez la flemme de lire ! Et bien il est très rare qu’un film me plaise plus que le livre et je suis souvent déçue par l’acharnement que mettent les directeurs cinématographiques américains à romancer systématiquement une histoire qui ne l’était pas au début.
Les aventures de cet indien malchanceux racontent comment un simple serveur de restaurant gagne le jackpot d’un jeu télévisé puis est accusé d’avoir triché. Comment, en effet, un homme aussi simple peut-il avoir réussi à répondre sans faute aux 12 questions ?
12 questions, 12 tranches de la vie de Ram Mohammad Thomas expliquant pourquoi il ne s’agit pas de tout connaître dans la vie mais de connaître simplement les réponses aux questions qui vous sont posées. Et ces réponses, Ram Mohammad Thomas les connaît car la vie les lui a fournies ! Il raconte donc ses aventures au cours des chapitres du livre. Nous découvrons une Inde pleine de vie mais aussi de pauvreté. Moments glauques et brutaux de la vie d’un petit garçon mais aussi histoire d’une profonde amitié.
Un livre merveilleux qui m’a pris les tripes dès le début et ne me les a rendues qu’au dernier chapitre. Monsieur 3xrien qui a vu le film m’a confirmé que ce dernier était quant à lui, épuré et bollywoodien. Un beau film quand même, j’en conviens mais…
-il faut porter des chaussons différents, chez soi, pour aller aux toilettes ?
-il est considéré impoli de se moucher en public ?
-les cuisines japonaises n’ont pas de four ?
-une pizza japonaise est faite avec de la mayonnaise, du maïs et des algues ?
-le Noh, pièce de théâtre japonaise, peut durer huit heures d’affilée ?
-les lèvres d’une geisha sont peintes puis saupoudrées de sucre cristallisé pour les faire briller ?
-la perruque d’une geisha coûte environ 1 400 euros ?
Si comme moi, vous êtes passionné(e) de culture japonaise et si le mystère des geishas vous a toujours attiré, lisez « Ma vie de geisha » de Mineko Iwasaki.
Ce livre est un document exclusif, un ouvrage autobiographique, sur la vie de geisha et surtout celle de la plus grande geisha de sa génération, Mineko. Un témoignage fascinant sur une tradition millénaire surprenante, des souvenirs d’une vie riche, parfois difficile mais intense. Ce livre nous parle aussi de la vie quotidienne au Japon, des codes et des règles de la vie en communauté, des relations familiales.
J’ai beaucoup aimé me glisser dans le quotidien de ces femmes, découvrir leur univers. J’avais bien sûr lu avec délice « Geisha » d’Arthur Golden, mais je trouve que le livre de Mineko Iwasaki nous en apprend bien plus sur la vie de ces femmes au quotidien que le récit d’aventures de Golden. Et puis les faits rapportés sont également beaucoup plus récents.
Et puis surtout, ce livre me rappelle de très bons souvenirs. Il y a deux ans, Monsieur 3xrien m’avait fait la surprise d’une petite excursion à Kyoto. Nous avions arpenté les petites allées du quartier de Gion et couru comme des paparazzis derrière les geishas qui se rendaient à leurs affaires. Il faut dire qu’elles se cachent et qu’il suffit que l’une d’elles se découvre pour que la foule se rue pour les photographier. Mais elles sont tellement jolies, vous ne trouvez pas ?
Il y a quelques semaines, le professeur d’histoire de Grand Nain m’avait demandé si je pouvais lui recommander un livre traitant de la Révolution Française, qui soit adapté à des enfants de 13/14 ans. Il fallait bien sûr que le livre soit en anglais, ne comporte aucun morceau croustillant (les gamins sont déjà assez portés sur la chose comme ça sans pour autant en rajouter) et qui soit intéressant bien entendu.
La Révolution n’était malheureusement pas un sujet qui m’intéressait jusque-là. Je préfère de loin Henri VIII et ses 6 nanas, François Ier avec sa barbichette pointue et ses culottes bouffantes ou encore Catherine de Médicis avec sa fraise autour du cou.
Pas facile, mais j’ai trouvé. J’ai voulu en lire les 2 premiers chapitres pour ne pas faire d’impair auprès du professeur et puis je n’ai pas pu le lâcher. Ca m’apprendra à vouloir jouer les malines !
Madame Tussaud de Michelle Moran
Tout le monde connaît bien entendu le Musée de Madame Tussaud avec ses personnages en cire. Ce que j’ignorais, c’est que Madame Tussaud – Marie de son petit nom – a côtoyé les Grands de la Révolution Française.
De Versailles au Boulevard du Temple, des royalistes aux révolutionnaires, Marie a été prise dans le tumulte de la Révolution. Condamnée à la guillotine pour ses relations avec la noblesse, elle sera cependant graciée pour ses talents et employée pour réaliser les masques mortuaires des révolutionnaires assassinés, dont certains ses amis. Son premier musée s’ouvrira à Londres, suivi par beaucoup d’autres. Et dire que même Lady Gaga s’est vue immortaliser. Du moment qu’elle ne chante pas !
J’ai beaucoup aimé ce livre. Une façon d’apprendre l’histoire sans avoir à retourner sur les bancs de l’école et surtout tellement plus agréable. Si on avait commencé par là dès le début, peut-être aurais-je retenu toutes ces fichues dates !
Non je ne vais pas vous parler du T-shirt de Moyen Nain après le repas mais de ma nouvelle lecture. Quoique, après réflexion, le T-shirt de Moyen Nain peut à la rigueur passer pour de la lecture, celle du menu !
Non, j’aimerais vous parler du roman de Kate Grenville “Le Fleuve secret”, celui a gagné de nombreux prix de littérature.
Imaginez Londres en 1793 : les docks, la pauvreté, les cris des marchands ambulants, le bruit constant, l’insalubrité, les bousculades, le racolage, la misère. Surtout la misère dans cette Angleterre pourtant en plein boom économique qui fait la fortune de quelques-uns et le désespoir de tant d’autres.
Pour William Thornhill, batelier sur la Tamise, cette vie dans les rues pouilleuses de la capitale constitue son quotidien. Le besoin d’argent, si pressant, le pousse à des petits larcins sur les cargaisons à transborder. Mais une nuit, alors qu’il tente de voler une cargaison de bois précieux venus du Brésil, il se fait prendre, sur dénonciation. Après un jugement à l'emporte-pièce, il est condamné à mort par pendaison.
Grâce à l'acharnement et la volonté de fer de sa femme, cette peine est commuée en déportation à perpétuité en Nouvelle Galle. Commence alors une vie rude dans une Australie à peine naissante. À force de travail, de débrouillardise, et de volonté, Thornhill et les siens vont s'installer dans les terres sur les bords du fleuve secret, le Hawkesbury. Et le rêve devient enfin réalité: amnistié, Will devient propriétaire d'un bout de terrain où il peut s’installer. Mais c'est sans compter sur la présence mystérieuse des indigènes aux coutumes si diamétralement différentes de celles de ces anglais exilés. Comment ces deux mondes peuvent-ils cohabiter ?
Tout au long de sa vie, Will est confronté à des choix, à chaque carrefour de sa vie : voler pour survivre ou rester honnête et mourir, être banni ou pendu, rester pauvre à Sydney ou tout quitter pour s’installer loin de la ville et avoir une chance de devenir quelqu’un, accepter les indigènes ou les anéantir.
Le Fleuve Secret, c'est le temps des premiers colons, des conquêtes territoriales, de la chasse aux indigènes. Et au coeur de ce contexte historique épineux, Kate Grenville traduit avec finesse la peur de l'autre et celle du lendemain, la nostalgie dans l'exil, l'envie presque vitale d'avoir un coin de terre, juste à soi et parvient avec justesse à dresser un panorama de cette période méconnue de l'histoire de l'Australie, éclairant sans retenue la brutalité des conflits culturels autant que l'ambivalence humaine.
Si l’Angleterre et l’Australie n’ont pas grand-chose en commun en terme de paysage, l’attitude du colon blanc semble être, elle, tout à fait universelle. Une invasion tragique qui brise et construit, qui saccage et embellit : une lutte à mort entre la technologie et l’entêtement des uns, le maintien des traditions et des habitudes pour les autres.
J’ai trouvé ce roman magnifique et bien écrit. L’auteur parvient avec art et beaucoup d’intelligence (pour ne pas parler du travail de recherche) à rendre la pénibilité de la vie des classes laborieuses de Londres, puis à se glisser dans celui de ces forçats devenus maîtres de ce nouveau continent et brosse une fresque aux couleurs sombres et lumineuses d’un temps où il fallait survivre. Confrontés à la violence sociale européenne, puis à la violence coloniale, au racisme, à la peur, à l’incompréhension, les personnages de ce livre naviguent dans les eaux terribles d’une histoire où l’héroïsme n’a pas sa place. Il faut survivre à n’importe quel prix !
Fini, je peux enfin respirer. Cela fait 15 jours que je retiens mon souffle, 562 pages en apnée ! Je l’ai emmené partout avec moi ce livre. A en souhaiter qu’il pleuve tous les jours pour me permettre de rester échouée sur mon canapé, à dévorer cet ouvrage page après page.
La traduction française de son titre original « The Help » n’exprime malheureusement pas son véritable contenu et c’est dommage. Je me mets bien sûr à la place du traducteur qui a voulu être original et a pris des libertés avec le texte mais peut être un « Bonnes à tout faire » eu été plus adéquate sans pour autant, il est vrai, exprimer la notion de relations raciales.
Cet ouvrage raconte la vie de 3 femmes, en 1962, au Mississipi. Aibileen et Minny sont noires et travaillent comme bonnes dans des familles blanches. Elles élèvent les enfants, font la cuisine, le ménage, font partie du quotidien des femmes qui les emploient sans pour autant être intégrées. Au contraire ! Sur fond de racisme et de violence, les relations entre les deux communautés sont tendues. On ne se mélange surtout pas et c’est à chacun de respecter ces lois de ségrégation sous peine d’y perdre sa vie. Et puis, un jour, Skeeter, femme blanche qui refuse de se conformer à cet ordre d’esprit, décide d’écrire un livre pour raconter ce que vivent ces femmes au quotidien : les abus, les insultes, les vexations, les humiliations.
Au fil de leurs récits, nous sommes plongés dans leur quotidien. Aux côtés d’Aibileen, dans la cuisine, nous humons les plats qu’elle prépare, nous nous occupons de Baby Girl que sa maman ne regarde jamais, nous serrons les dents en versant le thé, invisible, pendant que Ma’am discute avec ses amies des travaux qu’elle a entrepris dans son garage pour installer un cabinet de toilette rien que pour sa bonne et déclarer en toute impunité qu’une femme de couleur ne peut décemment pas poser son derrière sur un siège réservé aux derrières blancs car il est prouvé que les Noirs sont porteurs de beaucoup plus de maladies que les Blancs. Nous aussi, nous avons envie de hurler et de changer cette société névrosée.
C’est un roman magnifique basé sur des faits réels. Des vies racontées avec un style simple, sans fioriture, un récit haletant, des personnages attachants qui donnent envie de tourner la page encore et encore et de ne jamais finir.
Cette histoire m’a beaucoup poursuivie et en pleine introspection, je me suis demandée si les choses avaient beaucoup changé pendant toutes ces années. J’en suis venue à la conclusion que non, malheureusement. Et je suis certaine que des histoires telles que celles d’Aibileen et de Minny se déroulent encore sur mon île chaude et humide.
SuperNanny vient des Philippines et sa peau a une jolie couleur café au lait qu’elle déteste et que je lui envie ! SuperNanny est venue à nous après une longue série de Nannies qui n’avaient franchement rien de super. La première était jolie, jeune, et plaisait beaucoup à Monsieur 3xrien. Je ne suis, cependant, pas certaine que c’était pour ses talents ménagers ! Elle m’avait un jour coupé le rideau de la douche et raccommodé le trou qu’elle avait fait en l’essuyant. Le rideau était tellement court que toute l’eau passait en-dessous. Elle ne m’avait jamais rien dit pensant que je ne le verrais pas. J’avais également retrouvé, en déménageant, beaucoup de vaisselle cassée qu’elle cachait dans des coins sombres pour éviter d’avoir à m’expliquer la disparition de mon service.
Une autre que j’avais embauchée alors que Grand Nain n’avait que deux mois et à qui j’avais nerveusement confié la garde de mon précieux paquet pour retourner au travail après mon congé maternité, collait le Nain devant la télé et attendait mon retour assise sur un tabouret dans la cuisine. Elle n’est pas restée longtemps non plus. Nous avons tous comme ça des histoires plus ou moins amusantes de nos relations avec ces femmes, mais du moment que cela reste au niveau de l’anecdote, je suis certaine qu’elles aussi doivent bien rire de nos faits et gestes, le soir à la veillée.
Nous employons SuperNanny depuis maintenant 7 ans. Elle a commencé alors que Petit Nain n’était qu’une bosse et lorsqu’elle a décidé d’abandonner son travail à temps plein pour un couple japonais sans enfants, sans repassage (tout était envoyé chez le teinturier), sans repas à préparer et sans poussière, j'avais cru qu'elle avait perdu la tete. Je l’avais bien prévenu que les choses étaient « légèrement » plus actives chez nous. Elle avait immédiatement accepté avec un large sourire. Et à cette époque, bien que soulagée de la voir s’activer pour moi, je m’étais demandé pourquoi. Maintenant, je sais.
SuperNanny, pleine puissance
Les femmes qui travaillent chez nous, qui élèvent nos enfants, repassent nos chemises, font nos courses, préparent nos repas, sont des femmes qui ont tout quitté. Même leurs propres enfants ! Elles fuient la misère et espèrent qu’en venant sur cette île chaude et humide, elles gagneront assez d’argent pour soutenir leur famille. Malheureusement, certains employeurs, bien conscients de leurs situations, prennent des libertés qui sont intolérables. Le contrat d’une « helper » est de 2 ans, renouvelable bien sûr. Au bout de ces 2 ans, cette SuperNanny est autorisée (notez mon choix de vocabulaire) à prendre 7 jours de congés payés. Elle doit travailler 6 jours sur 7, ses horaires journaliers varient en fonction des demandes de l’employeur, mais il n’est pas rare que lorsqu’elles sont logées chez leur patron, elles dorment dans la chambre du bébé et doivent alors faire non seulement les corvées de jour mais aussi celles de nuit.
Il n’est pas rare de lire des cas d’abus à la une des journaux, comme celui de cette pauvre femme à qui sa patronne avait brûlé les mains avec un fer à repasser car elle avait mal repassé les chemises du mari. La dite patronne était avocate ! Mais ces cas ne sont dans la presse que lorsque ces femmes ont le courage de parler. Combien d’autres cas sont encore ignorés ! Le gouvernement est lui-même coupable de ségrégation. Au bout de 7 ans, tous ceux qui ont vécu, travaillé et contribué au développement de cette île chaude et humide ont droit au statut de « résident permanent ». Tous, sauf ces femmes.
Maintenant, je tiens à vous rassurer et à vous dire que je n’ai JAMAIS traité SupperNanny de cette façon. Au contraire ! Elle n’est jamais malade, n’est jamais arrivée en retard, ne m’a jamais menti, volé et je lui fais tellement confiance que je lui confie la garde de mes SuperNains lorsque je voyage. C’est une perle et je tiens à le clamer haut et fort. SuperNanny a un mois de vacances par an (ce qui est nettement plus que Monsieur 3xrien), loge dans une petite maison dont nous payons le loyer, travaille à temps partiel sur un salaire de temps plein et je suis forcée de lui demander de lâcher le chiffon tous les soirs sinon je la retrouverai dans ma chambre au moment du coucher.
SuperNanny ne fait ni les courses, ni la cuisine mais par contre je lui laisse le repassage avec plaisir. Si vous lâchez SuperNanny dans une pièce, c’est une bombe. Tout y passe. Elle vous vide tous les placards, désinfecte, essuie, vaporise… Je n’ai, bien entendu, jamais demandé à SuperNanny de faire ses pauses pipi par-dessus bord mais je peux vous assurer que nombreux sont les appartements ici où il existe un espace placard que l’on appelle de façon hypocrite un « maid’s quarter » qui abrite non seulement un lavabo, une douche, une tinette mais également un lit.
Au bout de 7 ans, nous avons appris à nous connaître, je commence à comprendre son système de rangement (SuperNanny met toutes nos affaires dans des placards : chaussures de Petit Nain dans celui des pommes de terre, carnet de chèques dans mon panier tricot…) et franchement, je redoute le moment où elle prendra sa retraite. Pour le moment, nous sommes heureux de financer les études de ses filles et le remplacement du toit de sa maison.
MERCI SuperNanny !
* Plus le chocolat est foncé, plus il est bon, "Hairspray"
PS : Je tiens à préciser que SuperNanny, bien que ravie je pense de voyager vers la France, n’est en aucun cas disponible. Merci de bien vouloir faire la queue pour remplir le formulaire.
Vous brodez comment vous ? Moi, jusqu'à présent, je regardais mon ouvrage d’un œil et mon écran de l'autre. Alors évidemment, je penchais plutôt pour des navets, des films catastrophes, des séries américaines abêtissantes ou encore des films d’épouvante comme ça j’avais une excuse pour ne pas être là au moment crucial du découpage d’entrailles ou au coup du « fais gaffe, il est derrière toi ».
Ben plus maintenant ! Maintenant, j’active mes 10 doigts en révisant mes classiques. J’ai déniché sur Internet ce site merveilleux intitulé Littérature Audio.com. Zola, Maupassant, Poe, Verne, ils sont tous là, à portée d’oreille grâce à la générosité de tous ces donneurs de voix pour nous permettre d’accéder aux joies de la littérature sans forcément savoir lire. C’est gratuit, il y a plus de 1,700 livres accessibles et on peut même s’abonner pour recevoir les nouveautés et les télécharger.
Plus d’excuse maintenant pour s’endormir dans les transports en commun ou pour broder bêtement. Fini les cervelles ramollies !